Congrès Phytothérapie et Sport – 29 septembre 2011

Le bilan du 5ème congrès de Phytothérapie en Suisse Romande qui s’est déroulé à Lausanne le 29 septembre 2011 était consacré au sport et intitulé « Phytothérapie et Sport, entre Performance et Vitatlité. » Si les conférenciers et les sujets débattus au cours de cette journée ont été parmi les plus passionnants de tous les congrés qui ont eu lieu ces dernières années, on ne peut que regretter la faible participation qui ne comptait qu’une septantaine de personnes ;

Georges Van Snick qui est « tombé dans la phytothérapie étant petit «, un habitué désormais de nos conférences et de nos cours de formation complémentaire, brillant professeur invité de Belgique s’est de nouveau surpassé ; il a souligné qu’en matière de sport il existe plusieurs plantes différentes et spécifiques et adaptées à chaque type de discipline sportive selon les buts que l’on veut atteindre : cela passe d’abord par les plantes adaptogènes, dont les plus connues restent le Panax ginseng, l’Eleuterococcus senticosus, le Rhodiola rosea et le Schisandrae chinensis , plantes qui peuvent être utilisées dans toutes les disciplines sportives ; par définition, leur vertu adaptogène peut apporter un soutien à la fois au niveau physique, résistance dans les disciplines de longue haleine comme le marathon ou le ski de fond mais aussi au niveau psychique et mental en améliorant le pouvoir de concentration des compétiteurs: ainsi en va-t-il du golf et du tir. Il a été mention du Crataegus, feuilles et fleur, qui peut faire office de béta-bloquant. La passiflore peut être utilisée comme anxiolytique. De leur côté les sports d’endurance doivent tenir compte des refroidissements et d’un temps de récupération ; c’est pourquoi la phytothérapie peut faire bon usage de principes actifs en prévention tels que l’Echinacée, Spilanthes oleracea sans omettre de mentionner le Cassis ou Ribes nigrum dont  l’efficacité a été maintes fois prouvées par l’utilisation des macérats glycérinés de bourgeons. Il s’agit là de prophylaxie et de renforcement des défenses immunitaires.

Un autre orateur très écouté fut le Dr. Pierre Hourst  de Ferney Voltaire qui a rappelé l’importance de la micronutrition dans la préparation d’un sportif ; non seulement le rôle de la sérotonine et de la noradrénaline en relation avec leurs équivalents nutritifs mais aussi le trio Magnésium, Glucosamine et Sulfate de chondroïtine dans la prévention des lésions musculaires et articulaires. Le Dr. Bernhard Saegesser, longtemps délégué à Swiss Olympics et ancien médecin-chef  aux Jeux Olympiques de Montréal, Innsbruck, Los Angeles, Calgary et Séoul, co-fondateur  de la clinique orthopédique sportive de Muttenz a souligné l’importance de préserver le collagène dans les articulations et tendons non seulement auprès des sportifs de pointe mais aussi chez tout un chacun pratiquant du sport et particulièrement chez les sportifs plus âgés. Son immense expérience réfute les assertions des adeptes les plus purs et durs de l’ « Evidence Based Medicin » qui doutent encore de l’efficacité de ces principes actifs en nous rappelant que EVB signifie plus que jamais « Experience Based Medicin » .

Le Dr. Orlando Petrini a abondé dans le même sens en argumentant que la phytothérapie  a sa place de choix lors d’une bonne préparation sportive, et cela, même s’il existe toujours une controverse et des avis partagés en raison du manque d’études cliniques : «  Les sportifs veulent améliorer leur performances et doivent pour cela mobiliser leur énergie, renforcer leur système immunitaire, leur concentration et se protéger contre le stress.

Cela nous amène tout naturellement à parler de l’Orpin rose ou Rhodiola Rosea qui est la « plante-phare » Antistress par excellence et qu’a présenté dans une magistrale démonstration le Professeur Kurt Hostettmann, professeur qu’on ne présente plus tant sa renommée mondiale en pharmacognosie est grande. Mais l’orpin rose n’est pas la seule plante anti-stress ; il faut aussi citer le potentiel adaptogène du Panax Ginseng et du Gingko Biloba  qui peuvent ensemble agir en synergie comme l’a souligné le Dr. Orlando Petrini.

Un débat actuel très animé tourne autour d’un plante très intéressante, je veux parler du Tribulus terrestris qui devrait avoir des propriétés anabolisantes ; cette plante d’origine asiatique a été importée et utilisée en Europe par les Bulgares dont les athlètes en ont certainement profité lors des compétitions particulièrement dans les disciplines de l’haltérophilie, de la gymnastique aux anneaux, à la poutre, au cheval d’arçon et à la barre fixe.  Les données scientifiques sont toutefois controversées de sorte qu’il est difficile de se faire une opinion définitive. Le fait est qu’actuellement il n’existe aucun fabricant qui ait été capable de mettre sur le marché un produit répondant aux standards de qualité.

Les douleurs dans le sport ont été aussi l’objet d’un exposé et de nombreuses préparations efficaces existent en topique avec des extraits de Capsicum frutescens (onguent ou emplâtres) de Symphytum officinalis et d’Arnica Montana. Leur utilisation se fait principalement  dans les lésions et problèmes musculaires. En réhabilitation le Dr. Jean Michel Morel de Besançon, autre ponte de la phytothérapie française qu’on ne présente plus, soulignent l’importance de l’utilisation des huiles essentielles ; une huile de massage ne devrait pas contenir plus de 5% d’huile essentielle : huiles grasses comme l’amande, l’abricot, le sésame ou l’huile de noix.

Dans une manifestation comme ce congrès on ne pourrait pas se passer du témoignage d’une sportive d’élite; Erica Hess notre championne nationale de ski et son coach Jacques Reymond-Hess ont mené un débat ouvert avec le Dr Georges van Snick sur la manière dont elle s’est protégée de blessures majeures, sur son concept de la thérapie dans le domaine du sport.

Devant l’abondance des informations plus d’un participant a pu  se sentir submergé  pour d’abord mettre de l’ordre dans ses idées mais aussi pour se faire un programme visant à mettre en pratique dans son quotidien les préceptes théoriques reçus ; le support de cours ainsi que le numéro 64 de la revue « La Phytothérapie Européenne » remis gratuitement aux participants par sa rédactrice en  chef Danielle Roux, également présente à ce congrès, aura grandement aidé à fixer ses idées à nous tous. On signalera que les participants ont eu l’occasion de s’abonner à cette revue à un tarif préférentiel, revue par ailleirs d’une qualité remarquable.

On remerciera à cette occasion les membres du comité qui tous ont œuvré au succès de ce congrès; Bastien Giller, Christoph Bachmann, Pierre-Olivier Tauxe qui ont concocté le programme et contacté les orateurs.

Et pour conclure on se souviendra qu’en 2009 le congrès en langue allemande avait traité également de Phytothérapie et Sport ; si certains ont pu penser cette année que les présentations en français ne seraient qu’une pure répétition des thèmes déjà traités à Baden en 2009, ils se sont lourdement trompés tant les sujets abordés à Lausanne furent complémentaires à ceux discutés à Baden en 2009 : en effet les principaux thèmes en Suisse romande furent régénération, soins et prophylaxie avec l’utilisation de l’aromathérapie, des huiles essentielles et des plantes adaptogènes alors que les thèmes deux ans auparavant à Baden mettaient l’accent sur les traitements des plaies, de la prévention des maladies infectieuses et de leurs conséquences ; au vu de la complémentarité des sujets traités lors de ces deux congrès il est plus que regrettable qu’il n’y ait pas eu plus de participants à profiter des enseignements et des compétences des orateurs et surtout qu’il n’y ait pas eu l’un ou l’autre compatriote de langue allemande à faire le déplacement à Lausanne. Mais à l’inverse on peut aussi déplorer le manque de participation de francophones au congrès annuel de Baden en novembre car comme chacun sait nous avons tous étudié l’allemand à l’école : si le projet enterré de Swissmétro devait rallier Genève à Zürich en 50 minutes il faudra toujours plus de 50 ans à un suisse romand pour parler l’allemand.