6ème journée romande de phytothérapie médicale
"Phytothérapie et syndrome métabolique"


C’est dans une ambiance animée et interactive caractérisée d’échanges passionnants entre les référents du jour et les participants que s’est déroulée cette 6ème journée romande de phytothérapie à Lausanne le 3 octobre dernier. Près de quatre-vingt  personnes ont répondu présent et suivi les débats sur le thème du jour qui traitait du syndrome métabolique. De nombreuses firmes pharmaceutiques se trouvaient également dans la salle; leur présence et la présentation de leurs produits en rapport avec les sujets discutés de même que leurs interventions et leur questions ont grandement contribué au succès de cette journée fructueuse.

Les causes du syndrome métabolique sont très complexes et les possibilités d’intervenir dans le système déréglé du métabolisme nombreuses, de sorte que les stratégies de traitement sont également très variées, que ce soit par la nourriture, les médicaments à base de plantes et les alicaments. Le Professeur Vittorio Giusti  du CHUV à Lausanne, qui fut le premier à intervenir a brossé un tableau saisissant et complet du syndrome en soulignant que l’obésité n’est que la partie visible de l’iceberg mais que d’autres facteurs cachés sont tout aussi importants: la dyslipidémie, l’hypertension artérielle, le diabète, les maladies cardiovasculaires sans oublier les troubles psychiques qui y sont associés; ces derniers en effet sont souvent liés au syndrome métabolique;  cet aspect psychologique souvent jusqu’à présent sous-évalué est apparu comme un message nouveau à l’auditoire; il a d’ailleurs été repris par la suite par d’autres intervenants qui ont démontré, par son potentiel,  l’intérêt de le traiter en phytothérapie.

Le professeur Kurt Hostettmann a présenté une importante palette de plantes médicinales et aromatiques qui peuvent agir efficacement contre l’obésité et les effets délétères de ce problème multifactoriel; citons principalement les préparations „vertes“, le thé vert (Camelia sinensis), le café (Coffea arabica) et le maté (Ilex paraguarinensis). La fermentation détruit par contre l’efficacité des dérivés chlorogénés visiblement importants par leur action, la caféine seule ne pouvant rendre compte par sa seule présence de l’efficacité des préparations „vertes“ alors que les préparations traditionnelles du café et du thé noir ne le sont pas. A souligner aussi la nécessité d’en absorber régulièrement et longtemps des quantités importantes  pour arriver à un effet thérapeutique intéressant. Les préparations à base de Hoodia gordonii (Masson) sont peu sûres puisqu‘il est difficile de savoir l’origine des souches utilisées pour leur préparation. Tout aussi actuelles et populaires  sont les baies d’Aronia qui contiennent une grande teneur en anthocyanes et par conséquent une haute activité anti-oxydante.

L’exposé du Dr. Paolo Morazzoni de la firme Indena SA à Milan qui se consacre à la recherche phytopharmacologique dans beaucoup de domaines en clinique soulignait que de nombreuses plantes médicinales sont utilisées pour le traitement du diabète dans les groupes culturels les plus variés. Il cite pour exemple le Szygium cumini (L.) dont les fruits et surtout les graines ont été utilisées en Asie et font encore aujourd‘hui l’objet d’une récolte pour son emploi traditionnel à Madagascar; il reste pourtant encore à établir les preuves scientifiques de son efficacité dans le diabète. Il n’existe encore pas de préparation de cette plante sur le marché pour le moment en Suisse mais ce devrait être réalisé en Italie ultérieurement.

La présentation du Dr. Géo Van Snick de Bruxelles s’oriente vers une classification des médicaments à base de plantes en trois groupes selon leur effet thérapeutique en rapport avec les principes actifs qu’ils renferment. Les substances les plus utilisées sont les plantes qui contiennent des sucres lents (polysaccharides) et des fibres alimentaires solubles et qui réduisent la résorption des hydrates de carbone (Guar, avoine, pois par ex.). D’autres plantes comme par exemple le Fenugrec (Trigonella foenum-graecum, également riche en fibres) permettent non seulement de contrôler la glycémie mais d’éviter les phénomènes d’hypoglycémie. Le Ginseng (Panax Ginseng) et le Nopal (Opuntia ficus indica) ont une action semblable à la Metformine et mobilisent l‘insuline

La Drsse Barbara Kramer nous a parlé de son expérience en pratique privée dans son cabinet à Sion. Le  traitement du syndrome métabolique passe  par des conseils en matière de nutrition et entre autres par la réduction des ingesta de sucre (abolition de boissons sucrées), substitution des protéines animales par des protéines végétales et apport d’acides gras riches en oméga-3. L’extrait d’artichaut (Cynara scolimus) montre qu’en pratique on obtient une réduction du taux de cholestérol de 1,0-1,5 mmol/L, mais pas de manière durable de sorte que le traitement doit être alterné avec d’autres substances. La levure de riz rouge (Monascus purpureus) qui contient des inhibiteurs de la synthèse du cholestérol produit un effet semblable aux statines sans en avoir les effets indésirables. Le problème pourtant réside dans le fait que les statines sont remboursées par l’assurance de base tandis que le riz rouge est considéré comme un aliment qui n’est pris en charge par aucune caisse-maladie complémentaire.

A part les cholestérols, les graisses et les processus inflammatoires (qui ont été évoqués lors du cours 3 dernièrement à Wädenswil) il faut mentionner les dysbalances liées au microbiote intestinal en corrélation avec le syndrome métabolique. La quantité de bifidobactéries diminue avec l’âge. En effet les bifidobactéries brûlent les graisses consommées et les transforment en énergie plutôt qu’en réserve de graisse. Il existe tout une gamme de bactéries nommées probiotiques qui permettent en supplémentaton de pallier au manque de bifidobactéries naturellement présentes dans le microbiote intestinal nous affirme le Dr. Pierre Hourst pratiquant à Ferney Voltaire (France).

Pour sa part, le Dr. Jacques Gardan de Romainmôtier soulignait que la „micronutrition „ se réclame aussi de l’adjonction de compléments alimentaires pour substituer au manque d‘oligo-éléments, de vitamines, de fibres et d’anti-oxydants. Leur déficit est en relation inverse avec un excès  d’apport d’acides gras et d’hydrates de carbone. Un manque d’anti-oxydants peut être compensé par un apport régulier en fruits et légumes. Il mentionne l’existence d’une préparation en gemmothérapie à base de macérât-mère de romarin (l’acide rosmarinique, le carnosol et l’acide carnosique sont anti-radicalaires et antioxydants).

L’huile essentielle de romarin est aussi un incontournable de l’aromathérapie que pratique en cabinet le Dr. Pierre-Olivier Tauxe à Lausanne. Le romarin a un rôle de protecteur des hépatocytes, une action anti-inflammatoire et participe activement à la digestion. Dans son message, le Dr. Tauxe mentionne que le romarin  (et spécialement le romarin à verbénone) peut raisonnablement contribuer au traitement du syndrome métabolique mais qu’en présence de facteurs de risque il n’a pas grande utilité sans les conseils nutritionnels et un changement de style de vie; on y associe volontiers une aromathérapie qui vise à stimuler la régulation du métabolisme. Il cite pour exemple l’ingestion de 10 gouttes d’un mélange d’HE de gingembre, de curcuma et de carottes à part égales, soit dans de l’eau soit en capsules avec concomitamment un massage du ventre le soir avec 1 ml d‘ l’HE de gingembre, 1 ml d’écorce de cèdre de l’Himalaya et 98 ml  d’HV de sésame.

Des résumés des six principales présentations qui ont eu lieu à ce congrès peuvent être obtenus dans le numéro 76 de septembre–octobre 2013 de la revue  „La Phytotherapie Européenne“, www.phytotherapie-europeenne.fr . D’ores et déjà la SSPM remercie les éditeurs du journal et leur rédactrice en chef  la Drsse Danielle Roux pour l’étroite collaboration qu’elle entretient avec la SSPM.

Le prochain congrès en Suisse romande est fixé au 12 mars 2015, en espérant voir à ce congrès une délégation de Suisse allemande toujours plus nombreuse puisque cette fois-ci seule une personne, à l’exception des membres du comité, a eu le courage de franchir le Röstigraben.

Dr Roger Eltbogen Dr Vittorio Giusti
Dr Kurt Hostettmann Dr George Van Snick
Dr Paolo Morazzoni Dresse Barbara Kramer
Dr Hourst Pierre Dr Jacques Gardant
Dr Pierre-Olivier Tauxe