Excursion pharmaco-botanique du 13 juin 2015 au Niremont (FR)

Samedi 13 juin passé, 27 passionnés de pharmacobotanique se sont levés de bon matin pour l’excursion annuelle au Niremont. Avec son enthousiasme habituel, notre GO (lisez Gentil Organisateur) nous a conduits au Niremont le long d’un bucolique sentier pédestre entre la Goille au Cerf et le sommet du Niremont (1524m). Le sentier de quelques kilomètres est d’un faible dénivelé, traverse des tourbières et des marais d’une rare beauté et richesse botanique. Accompagnés de notre guide d’exception, le Professeur Hostettmann, nous nous sommes délectés d’informations scientifiques et d’anecdotes à propos d’une vingtaine de plantes rencontrées en chemin.

L’Alchemille (Rosaceae). On en compte plus de 50 espèces, d’ailleurs assez difficiles à distinguer entre elles. L’alchemille est une plante riche en tannins (cave constipation !) qui est proposée lors de la périménopause en raison de son effet « progestérone like » qui vient contrer l’hyperoestrogénisme qu’on retrouve lors de cette période de la vie.

La Potentille ansérine (Potentilla anserina -Rosaceae) . On la reconnaît par ses 5 pétales jaunes or. Elle s’offre en usage interne contre la diarrhée et en tant que désinfectant en usage externe.

La Fougère mâle (Dryopteris filix-masc - Dryopteridaceae). C’est une fougère qui a été utilisée jadis dans la pharmacopée européenne en tant que vermifuge. Le professeur Hostettmann précise que la filicine contenue dans la plante a comme effet de paralyser les vers. Le patient devra donc, après ce premier traitement, avaler une purge (huile de ricin)!

La Myrtille (Vaccinium myrtillus – Ericaceae). Au sens botanique, les myrtilles appartiennent au groupe des airelles, terme utilisé alors pour l'ensemble des espèces du genre Vaccinium. Au sens culinaire, on fait la distinction entre les myrtilles (bleues et plutôt sucrées) et les airelles (rouges et plutôt acidulées). Ces fruits contiennent beaucoup de fibres et d’antioxydants. La forte capacité anti-oxydante des myrtilles peut s’expliquer par la grande quantité de vitamine E, ainsi que par la présence de vitamine C et de polyphénols comme la cyanidine-3-glycoside (anthocyanoside) ou le resveratrol. La formation des anthocyanes est favorisée par la lumière ou le froid. L’utilisation du fruit frais génère de légères diarrhées. L’effet opposé est obtenu en séchant le fruit à 40 degrés. Une fois sèché, ce fruit peut se consommer en tisane ou tel quel. On lui reconnaît alors plusieurs propriétés médicales récemment validées ; 20 g. de myrtilles lyophilisées par jour permettent une diminution de la tension artérielle de 6%. En outre elle améliore la vision nocturne grâce à la vitamine A. Elle est également utilisée afin de préserver la mémoire (1) et le système veineux.

La Fraise ( Fragaria vesca – Rosaceae) est le fruit des fraisiers, une herbacée. Ce fruit est botaniquement parlant un faux-fruit puisqu'il s'agit en réalité d'un réceptacle charnu sur lequel sont disposés régulièrement des akènes. (ce sont les petits grains, en fait des fruits secs sur le fruit réceptacle). La fraise regorge de vitamine C (antioxydants), de vitamine A (sous forme de précurseur, le β-carotène, mais pas de rétinol (qui doit être synthétisé), de vitamine B9 (acide folique), important pour les femmes enceintes. Elle est riche en oligo-éléments, sous forme de sels de potassium, de calcium pour les os, et de magnésium. D'après les premières constatations des chercheurs, les vitamines et les minéraux des fraises pourraient réduire la dysplasie précancéreuse de l’œsophage (2).

L’Epilobe à larges feuilles ( Epiloba angustifolium – Onagraceae). Très riche en tannins, cette plante est un prétexte pour citer l’Epilobe parviflorum reconnu pour soulager les hommes de l’hyperplasie bénigne de la prostate, en raison de l’inhibition de l’alfa-réductase et de l’aromatase que cette plante opère.

Le Millipertuis : (Hypericum perforatum – Hypericaceae) qui se caractérise par de petites glandes translucides sur la surface des feuilles. En les observant par transparence, ces glandes donnent l’impression d'une multitude de minuscules perforations (pertuis). La plante est largement utilisée en tant qu’antidépresseur dont l’étymologie « hypericum » signifie « qui chasse les démons ». L’usage voulait que dans la Grèce antique on produisait des macérats huileux à partir des sommités florales Les fleurs riches en flavonoïdes (hypericine) colorent l’huile en rouge sang ; la raison pour laquelle elle est appelée l’herbe à St-Jean tient au fait que ce dernier a été décapité. Les Grecs utilisaient ce macérat surtout pour ses propriétés cicatrisantes, anti-inflammatoires et désinfectantes des plaies car il ne provoque pas de sensation de brûlure qu’on connaît aux produits alcoolisés.

La Gentiane pourpre. Il ne s’agit ici à proprement parler d’une plante médicinale, car c’est la jaune ( Gentiana lutea - Gentianaceae) qui est utilisée en phytothérapie. La pourpre qui a été vue était un prétexte pour parler de la gentiane jaune dont les racines amères ont des effets stimulants de l’appétit. L’amertume en bouche stimule la salivation, la sécrétion d’acide gastrique et de bile, donnant une sensation d’appétit. Il est utile de rappeler que ce principe devrait être évité chez les personnes sujettes aux ulcères d’estomac et du duodénum. Pline l’Ancien rapporte que les feuilles de la gentiane ont curieusement guéri et sauvé de la mort le roi d’Illyrie (région actuellement située entre l’Albanie, la Macédoine et le Monténégro) qui souffrait d’une méchante blessure. La gentiane des effets antidépresseurs car elle inhibe le recaptage de la sérotonine (SSRI) et inhibe la monoamine oxydase (IMAO). Des produits pharmaceutiques qui contiennent de la gentiane et du millipertuis ont d’ailleurs été mis sur le marché. A côté de la gentiane, nous observons le Vératre (Liliaceae) dont les feuilles ressemblent à celles de la gentiane. Pour ne pas les confondre, il faut observer l’agencement du feuillage le long de la tige; les feuilles sont opposées chez la gentiane et en alternance chez le vératre. Un moyen mnémo-technique simple consiste à se souvenir qu’en allemand il se dit Gegenständig-Gentiana et Wechselständig-Veratrum).

La Bistorte (Polygonum bistorta – Polygoceae) : Plante riche en tannins, elle peut soulager les aphtes buccaux et être utilisée comme asséchante de la peau.

L’Airelle rouge : ( Vaccinium vitis idaea -Ericaceae) .Elle est riche en anthocyanes et connue pour inhiber l’adhésivité des Colibacilles sur la paroi de la vessie et des Helicobacter pylori sur la paroi de l’estomac (d’ailleurs tout comme son équivalente d’Amérique du nord, la Canneberge (Vaccinium macrocarpon - Cranberry).

La Prêle des champs (Equisetum arvense – Equisetaceae) ; contient énormément d’acide silicique et de saponines. La tisane en compresses est utilisée en dermatologie pour soigner les démangeaisons et les eczémas. Elle a des vertus astringentes, cicatrisantes et reminéralisantes. Elle est également dépurative pour la vessie ; elle a aussi un effet légèrement diurétique. Les Anciens utilisaient déjà la prêle, riche en silice, pour nettoyer la vaisselle d’étain et d’argent.

Le Pétasite hybride ou officinal (Petasitus hybridus L - Asteraceae). Longtemps retiré de la pharmacopée à cause des alcaloïdes pyrrolizidiniques hépatotoxiques qu’il contient, le pétasite est réhabilité depuis qu’on a isolé et retiré ces alcaloïdes toxiques. Il est utilisé en comprimés sur le marché comme remède anti-allergique notamment dans les rhinites allergiques ; il a des vertus spasmolytiques lors des dysménorrhées, sur les voies respiratoires et sur l’intestin.

La Droséra à feuilles rondes (Drosera rotundifolia – Droseraceae) . Non loin nous trouvons dans le bas marais la Droséra au milieu des sphaignes du marais (après une rude chasse au trésor d’une rareté botanique, soit la Scheuchzeria palustris). C’est une herbacée carnivore qui pousse dans les marais tourbeux, acides, pauvres en éléments nutritifs et en oxygène et qui tire son azote des insectes piégés dans ses feuilles sophistiquées. Les aglycones et les glycosides flavoniques qu’elle contient lui confère des propriétés antitussives et bronchospasmolytiques. On la trouve dans nombre de préparations antitussives.

Nous nous concédons une pause et un déjeuner bien mérité à base de produits du terroir à la buvette de La Goille au Cerf, en imaginant déjà des lieux et des jardins à découvrir en 2016 lors de la prochaine édition !

Sara Taddei pour la SSPM

1) http://oatao.univ-toulouse.fr/12236/1/Michel_12236.pdf

2) Randomized phase II trial of lyophilized strawberries in patients with dysplastic precancerous lesions of the esophagus.

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